Fin de règne pour le parrain de la France en Afrique
Donné pour mort dimanche par le site Internet du Point,
El Hadj Omar Ondimba Bongo avait d’abord été « ressuscité » hier matin par son premier ministre, Jean Eyeghe Ndong, qui avait démenti initialement son décès avant de le confirmer hier soir.
Le chef de l’État gabonais était hospitalisé à Barcelone depuis un mois pour un cancer intestinal.
Officiellement, le gouvernement français s’était d’abord rangé aux informations de l’entourage de Bongo. Tandis que le gouvernement espagnol et l’hôpital de Barcelone se refusaient à tout commentaire.
L’implication d’informateurs anonymes proches du gouvernement français est révélatrice de l’opacité des relations que la France a entretenues avec lui pendant les quarante et un ans qu’il a passés à la tête de l’État gabonais.
Un mandat suspendu lors de son hospitalisation à Barcelone, à l’âge de soixante-treize ans, le 6 mai dernier, quelques semaines après le décès de sa femme Édith, à l’âge de quarante-cinq ans. Depuis, le gouvernement gabonais avait indiqué que « toutes les audiences présidentielles étaient suspendues jusqu’à nouvel ordre ».
À Libreville, la capitale de cet émirat pétrolier de l’Afrique, les rues étaient désertes et la population dans l’expectative.
L’incertitude plane sur la succession de ce fin stratège qui a régné seul à la tête de l’État et du Parti des démocrates gabonais, parti unique jusqu’au début des années 1990, tout en parvenant à imposer un équilibre subtil entre les différentes ethnies du pays et à intervenir au nom d’un « droit d’aînesse » sur le continent dans de nombreuses situations de crise comme au Tchad, en Centrafrique ou en Côte d’Ivoire.
L’homme qui avait réussi à contenir son opposition, quitte à ramener à lui certains de ses éléments, se vantait de nourrir de très bonnes relations avec les différents gouvernements français, qu’il s’agisse de celui de De Gaulle ou de celui de Mitterrand.
C’est donc à lui que Nicolas Sarkozy avait réservé les faveurs de sa première visite officielle après son élection en 2007 - une élection qui avait également valu au chef de l’État gabonais la visite de Dominique de Villepin et de François Bayrou.
à lasuite du décès du président, la Constitution prévoit que la présidente du Sénat, Rose-Francine Rogombé, membre du parti au pouvoir, assure l’intérim. Omar Bongo n’avait pas encore nommé son dauphin mais l’opposition redoute l’arrivée de son fils, aujourd’hui ministre de la Défense et poids lourd du Parti démocratique gabonais, Ali Ben Bongo, d’ailleurs récemment reçu à l’Élysée par Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, lesquels ont de quoi craindre qu’il ne leur préfère désormais la Chine.
La Constitution prévoit l’organisation d’une présidentielle dans les quarante-cinq jours suivant le décès du président. Mais, selon des sources gabonaises, un consensus pourrait se dégager, y compris au sein de l’opposition, pour organiser une transition jusqu’à la fin du mandat entamé par Omar Bongo, en 2012.
Anne Roy
Source : l'Humanité