Partager l'article ! EXPULSION DU CHEF DU MJE: un indicateur sérieux du rapprochement Khartoum-N’djamena?: "Autres temps, autres moeurs", dit-on. L’ad ...
"Autres temps, autres moeurs", dit-on. L’adage ne ment pas, et le leader du
Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) l’aura appris à ses dépens. Arrivé à N’Djamena, en provenance de Tripoli à bord d’un vol libyen, Khalil Ibrahim s’est brusquement rendu compte du
nouveau statut qui devait être désormais le sien au pays de Idriss Déby : persona non grata.
Après avoir confisqué leurs documents à lui ainsi qu’aux membres de la délégation de son mouvement l’accompagnant, les autorités tchadiennes leur enjoindront de tout bonnement s’en retourner à
l’endroit d’où ils venaient d’arriver. Mais même là, se trouve un hic. La compagnie libyenne se dit inapte à les réembarquer pour Tripoli, puisque manquent à ces "indésirables" du régime
tchadien, les précieux documents bien nécessaires au voyage-retour. Quelle ironie pour un tout-puissant chef du MJE qui, il n’ya pas bien longtemps encore, déambulait et se pavanait à sa guise à
N’Djamena, s’y rendait toutes les fois que l’envie lui prenait et y était bien à l’aise, car s’y sentant bien chez lui. Le voici à présent coupé de sa base se trouvant au Soudan, presque
pestiféré à N’Djamena et incapable de s’en retourner au pays de Kadhafi. Si ce n’est pas un monde qui s’effondre, cela y ressemble fort.
Et voici Khalil Ibrahim obligé de se rendre à l’évidence que les accords de paix passés il y a juste quelques mois entre le président soudanais El-Béchir et Idriss Déby, pour se réaliser, ont
besoin d’un agneau du sacrifice. Les deux chefs d’Etat n’iront d’ailleurs pas chercher bien loin ce dont ils disposent à proximité. Lui, Khalil, a le profil de l’emploi. Et désormais il n’aura
plus que ses yeux pour pleurer. Car, en attendant, il se verra dans l’obligation bien désagréable d’errer un certain temps, à l’instar de quelque âme bien en peine.
Et ceux qui s’en réjouissent, rient sous cape et s’en félicitent réciproquement, ce sont assurément les présidents soudanais et tchadien. Longtemps ennemis jurés se vouant une haine des plus
viscérales, ils auront fini, à l’épreuve du temps, par comprendre que mieux valait, dans l’intérêt de tous les deux, qu’ils acceptent la paix des braves que, in petto, chacun d’entre eux
souhaitait, mais qu’aucun d’entre eux ne se décidait à formuler. L’intérêt des deux en la matière s’étant manifesté au même moment, l’affaire fut rondement conclue et les accords rapidement
passés. Et officiellement entre les deux pays, le thermomètre des relations bilatérales est désormais au beau fixe.
Et tout le monde il est beau, tout le monde il est content. Et si d’aventure la moindre occasion se présentait à l’un ou l’autre des protagonistes et lui donnait l’occasion d’ afficher la preuve
manifeste de son nouvel attachement à cette paix des braves, on ferait vite de l’exploiter et pourquoi pas avec empressement et un zèle évident ?
Pour rien au monde, Idriss Déby n’aurait raté une si belle occasion de faire voir à son désormais "ami et frère" El- Béchir qu’il sait tenir parole. Déjà, à la récente re-élection du président
soudanais, son homologue tchadien avait envoyé un message de félicitations des plus fleuris. L’"humiliation" infligée au rebelle soudanais par son désormais ex-ami, procède de la même dynamique
de paix et d’amitié concoctée depuis un certain temps par les deux chefs d’Etat et nul doute que celui qui devrait en souffrir n’est autre que Khalil Ibrahim, désormais dans l’obligation de jouer
les dindons de la farce. Et il est fort à parier que le Soudanais El-Béchir, dès que lui aussi en aura l’occasion, se fera fort de rendre la pareille et de renvoyer prestement l’ascenseur.
Ainsi, pour le moment, entre les présidents tchadien et soudanais, tout baigne. La tempête est bel et bien passée et le navire avance sur une mer d’huile, par un calme plat. Mais c’est
précisément cette soudaine quiétude qui, d’ailleurs, fait que la chose devient suspecte. Lorsqu’on se rappelle la haine morbide qui a opposé les deux hommes, dans un passé récent, lorsqu’on se
rappelle qu’ils se sont régulièrement insultés, se traitant réciproquement de tous les noms d’oiseaux et épuisant plus d’une fois le vocabulaire du bestiaire de la savane et de la forêt
africaines, il est de mise de se montrer circonspect quant à leur fraternité et amitié désormais conjuguées au présent ainsi qu’au futur simple, mais qui, à l’épreuve du temps et de la réalité de
la chose politique, peuvent se révéler plus compliquées qu’il n’y parait. Ne serait-ce que parce que dans cette affaire, apparaît l’ombre d’un troisième larron qui n’est autre que maître
Kadhafi.
Le rebelle soudanais arrivait à N’Djamena, en provenance de Tripoli. Depuis combien de temps, y était-il ? Qu’y faisait-il ? Quel statut y avait-il ? Nul n’irait sérieusement envisager que Khalil
Ibrahim, revêtu de toute l’aura qui l’entoure, se retrouve dans la capitale libyenne à l’insu du tout-puissant maître des lieux. A supposer que le colonel Kadhafi accepte de lui accorder asile, à
quelles fins le fait-il ? Par humanité ? La chose ne lui ressemble pas. Dans la perspective qu’un jour le rebelle serve de monnaie d’échange ? L’hypothèse paraît plus plausible. Mais pour qui,
pour quoi et contre qui ? On donne sa langue au chat. Il faudra attendre sans doute pour le savoir. Tout comme d’ailleurs il faudra se montrer patient pour découvrir si le parfait "amour" que
filent en ce moment Idriss Déby et El Béchir est voué à s’éterniser.
Le MJE en ce moment, sans son chef, est étété. Mais pour combien de temps, et quelle sera sa réaction ? Et les autres factions qui faisaient objet jusqu’à très récemment de protection des deux
présidents alors ennemis, du temps où ils se battaient par rebelles interposés, de part et d’autre des frontières ? Devront-elles subir le sort du leader du MJE ou va-t-on se résoudre à
"négocier" avec elles ? Averties, elles le sont désormais. Quelle nouvelle attitude voudront-elles adopter ?
Mais la plus grosse interrogation demeure sans doute l’attitude des deux chefs d’Etat. S’aiment-ils vraiment ainsi qu’ils le prétendent, et si cela était, encore pour combien de temps ? Ou,
jouent-ils à une bien hypocrite trêve de confiseurs qui, un jour ou l’autre, sera appelée à prendre fin, les vraies raisons qui avaient suscité son instauration ayant fini par disparaître ? On
devra attendre pour le savoir. Mais d’ores et déjà, il convient de se méfier de ces amours grandioses qui naissent subitement de vieilles haines brutalement jetées aux
oubliettes.
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